Les Badass Fanarts : « une madeleine de Proust sur laquelle on aurait mis un peu trop de poivre »

Cecile Mantovani

main

alice toad

Le comportement étrange d’Alice ne vient pas d’un quelconque problème psychiatrique, mais du contenu du jardin de son oncle Jojo le hippy

Adieu Ô douce innocence de l’enfance ! Si vous pensiez qu’Alice était une jeune fille tout à fait charmante qui parle à des lapins, Oui-Oui un gentil conducteur de taxi qui aide volontiers ses amis ou encore que Winnie n’était qu’un ourson philosophe qui cherche du miel, Sylvain Sarrailh alias Tohad vous révèle enfin la vérité avec ses « Badass Fanarts ». Une fois passés entre les mains de l’artiste toulousain, Shrek se nourrit de rognons d’enfants caramélisés, Barbie a rejoint les FEMEN et les Schtroumpfs se sont convertis au communisme et montent une armée. La vie cachée de nos héros d’enfance n’est pas très reluisante. Pas étonnant qu’on nous l’ait cachée jusque là !

Mais Tohad, ce n’est pas que les Badass. L’illustrateur indépendant a plus d’une corde à son arc et s’est lancé dans plusieurs projets. Pour Génération Y, il a accepté de nous en dire un peu plus.

– Génération Y : Tohad, est ce que vous êtes le cousin maléfique de Toad?

Tohad : Plutôt son cousin légèrement dérangé, je ne fais rien de maléfique ! A moins que dresser des loutres pour envahir le monde soit considéré comme maléfique par la NSA.

– Génération Y : Pourriez-vous vous présenter en quelques phrases ?

ouoiu

Oui-Oui a donc commencé par éventrer toutes les peluches des rayons “éveil et découverte” de son magasin de jouets et prépare son offensive terroriste à base de briquettes piégée contre Legoland

Tohad : Je suis illustrateur indépendant à Toulouse dans un atelier que je partage avec d’autres graphistes et auteurs indépendants. Mon parcours scolaire se résume à beaucoup de renvois pendant mon lycée puis par des études supérieures dans le cinéma d’animation. J’ai ensuite fait mes premières années professionnelles dans une société d’architecture, le temps pour moi de diversifier mes compétences. Puis, je me suis lancé dans l’aventure des professions indépendantes. Je travaille pour différents types de clients tels que des studios de jeux vidéo, de la communication visuelle et de l’édition. En parallèle j’écris et dessine la BD « Les Voisins du Chaos » que je diffuse gratuitement sur internet. J’anime aussi une chronique vidéo humoristique nommée « Super Picture Land », dédiée à la compréhension des arts graphiques.

– Génération Y : Vous êtes souvent qualifié « d’artiste numérique ». Cela vous convient-il ?

Tohad : Oui le qualificatif me convient parfaitement, du moins pour le mot numérique car je travaille quasiment à 100% sur ma tablette écran. Quand à la qualification « d’artiste », je ne sais pas, le mot est plutôt large, je n’ai jamais vraiment su si j’étais un artiste ou un infographiste un peu créatif.

– Génération Y : Comment vous est venue l’idée de transformer les héros de notre enfance en criminels/drogués/psychopathes ? 

babar

Désespéré par l’extinction progressive de son peuple, Babar boit comme un trou jusqu’à en oublier qu’il pèse plus de sept tonnes

Tohad : Via la chronique vidéo nommée « Super Picture Land » que j’anime. Pour expliquer les différents concepts de construction d’une image, j’illustre mon propos en détournant des héros de la culture populaire. J’ai petit à petit commencé à me faire plaisir en détournant ces personnages cultes pour en faire une série d’illustrations indépendantes de mes vidéos.

– Génération Y : Et pourquoi l’avoir fait ?

Tohad : Ha ça, il faudra demander au type en blouse blanche qui vient me poser des électrodes sur la tête tous les matins. Plus sérieusement, j’adore l’art du détournement, c’était l’occasion pour moi de m’y essayer.

– Génération Y : Pourquoi avoir choisi ces personnages-là ?

Tohad : Ces personnages touchent immédiatement le public comme une madeleine de Proust sur laquelle on aurait mis un peu trop de poivre. L’attention est plus facilement captée avec ces protagonistes si familiers et si en plus ça peut provoquer un sourire, c’est très gratifiant pour moi.

– Génération Y : Ces personnages touchent une certaine génération. Pensez-vous que la génération la plus proches de ces personnages (les 20-35 ans) est une génération un peu cynique voir désenchantée, comme vos Badass ?

barbie

Après plus de 60 ans à fermer les yeux sur les infidélités de Ken avec le jeune jardinier torse nu ou le facteur barbu, il était temps pour Barbie de se venger

Tohad : Je ne pourrais pas parler au nom d’une génération, mais je ne pense pas que les jeunes adultes actuels soit si désenchantés. Par contre nous faisons réellement face à un monde économiquement particulièrement cynique et fortement contradictoire sur les valeurs humaines, ce qui peut laisser assez peu de place à l’espoir chez certains. D’où peut-être la nécessité pour cette tranche d’âge de s’armer de dérision et d’un fort esprit critique.

– Génération Y : Quand vous étiez enfant, est ce que c’est comme ça que vous imaginiez les personnages de dessins animés ?

Tohad : Non pas du tout, je n’étais pas un enfant perturbé au point d’imaginer Winnie en train de dévorer ses amis. Par contre j’étais souvent attiré par les dessins animés traitant de sujets éloignés, loin des classiques manichéens pour enfant. Découvrir Bart Simpson à l’âge de 6 ans m’a révélé beaucoup de choses sur les nuances de la vie.

–  Génération Y : Certains artistes, comme José Ontiveros, se sont aussi intéressés à la vie trash des personnages de Disney. Est ce que ça vous a inspiré ? Quelles sont vos sources d’inspirations en générale?

smurfs

Fini l’individualité des tâches, chaFini l’individualité des tâches, chaque camarade schtroumpf n’aura plus qu’une profession : celle de soldatque camarade schtroumpf n’aura plus qu’une profession : celle de soldat

Tohad : J’ai sans doute dû voir ses illustrations passer dans le flux incroyablement chargé d’internet mais sans que je m’en souvienne vraiment. Cela fait longtemps que les personnages populaires de culture du divertissement sont secoués et remixés par de nombreux illustrateurs et artistes. Pour ma part, je ne souhaite pas faire systématiquement du trash via mes illustrations. Je fais attention à ne pas mettre tout le temps de la drogue, du caca et du sang sur Mickey et sa parade car la démarche serait un peu primaire et facile. Je cherche plutôt à insuffler une dose de charisme adulte supplémentaire à ces personnages plutôt qu’à les humilier. Ma démarche est uniquement humoristique et n’a rien de vraiment subversif.

– Génération Y : Quels sont vos projets pour la suite?

Tohad : Continuer la diffusion de ma BD sur internet en essayant de pouvoir en vivre un minimum et peut-être avoir un projet éditorial concernant mes « Fanarts Badass ».

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