Les etudiants quebecois ont la banane… mais rebelle

Banane Rebelle poster

Acheteriez-vous une voiture d’occasion à cet… euh… homme ?

Il n’y a pas que la jeunesse européenne. Le 13 juin a marqué la fin du quatrième mois de contestation étudiante au Québec. Cette contestation fait suite à la décision du gouvernement de Jean Charest d’augmenter les frais d’inscription à l’université. D’autres secteurs n’ont pas tardé à joindre la contestation après l’adoption de la loi 78. Le texte en question  prévoit un encadrement strict des manifestations, ce qui représente, selon les protestataires, une attente à la liberté d’expression.Les médias européens se sont aperçus de ce qui se passait au Québec très tard, et ont tendance à parler surtout de ce qui se passe à Montréal, la métropole. Mais la contestation traverse tout le pays, et notamment la ville de Québec, qui a même trouvé son « super-héros », costume inclus : Banane Rebelle. Le personnage est drôle, ses réponses moins.

Comment est née la Banane Rebelle ?

Banane Rebelle a vu le jour le 21 mai 2012. Des jours et des semaines durant, je me suis questionné sur ce que je pouvais faire, en tant qu’individu, pour appuyer l’extraordinaire mouvement initié par les étudiants québécois. Porter le carré rouge, participer aux manifestations, ça ne suffisait pas. Je voulais faire plus. Mais quoi ? Anarchopanda était pour moi un modèle inspirant.  Je voulais moi aussi créer un personnage humoristique et m’en servir pour dénoncer le ridicule de la position gouvernementale. Parmi tous les costumes disponibles, mon choix s’est arrêté sur la banane qui est probablement le fruit le plus drôle au monde. Elle est jaune, bien visible et totalement inoffensive. Pourtant, on peut la brandir comme une arme et se servir de la pelure pour faire tomber les gens. C’est un fruit plein de potentiel. J’ai donc acheté un costume, ajouté quelques accessoires (le cigare et les lunettes fumées sont immédiatement devenus indispensables pour le personnage), créé une page Facebook et rédigé un article fantaisiste dans lequel je rends compte des origines de Banane Rebelle (« Démission fracassante au Parti libéral », disponible sur ma page Facebook). Le lendemain, je participais à la grande manifestation du 22 mai à Montréal. Deux jours plus tard, j’étais arrêté lors d’une manifestation à Québec. Ce soir là, le hashtag #banane se trouvait parmi les plus utilisés au Québec. Depuis ce jour, ma notoriété ne cesse de croître, et j’ai bien l’intention de continuer à la mettre au service du bien commun.

Vous étiez donc parmi les gens arrêtés pendant les manifestations. Pourriez-vous nous expliquer ce qui s’était passé?

J’ai été interpellé à deux reprises : le 24 mai, d’abord, puis le 28 mai, avec 86 autres personnes dans une arrestation massive. Dans les deux cas, il s’agissait de manifestations pacifiques. Les policiers m’ont arrêté en vertu de l’article 500.1 du Code de la sécurité routière qui interdit à quiconque d’entraver la voie publique dans le cadre d’une action concertée. Ce règlement, créé à l’origine pour empêcher des camionneurs de bloquer une autoroute avec leurs immenses véhicules, est maintenant utilisé pour empêcher les citoyens en colère de marcher dans la rue.

Percevez-vous un choc des générations entre la génération Y et les baby-boomers, qui ont joui de la gratuité de l’accès aux études ? Pensez-vous que la hausse des frais de scolarité permet à ces derniers de garder leurs privilèges ?

Personnellement, je n’aime pas utiliser l’expression « choc des générations ». Plusieurs baby-boomers partagent les idéaux de la jeunesse québécoise. Par le passé, ils ont eux-mêmes voulu faire du Québec un pays progressiste, solidaire et ouvert sur le monde. Aujourd’hui, ils sont aussi scandalisés que nous du virage néo-libéral pris par le gouvernement de Jean Charest. Ceux-là sont dans la rue avec nous. Bien sûr,  un grand nombre de baby-boomers s’opposent aux revendications des étudiants. Ceux-là sont à mon avis davantage prisonniers que mus par une réelle idéologie. Ils ne sont pas nécessairement favorables à la hausse des frais de scolarité, mais ils n’aiment pas être dérangés. Et au Québec, il n’en faut pas beaucoup pour que les honnêtes citoyens se sentent bousculés. Un pont bloqué, on crie au scandale, un peu de fumée dans le métro, on hurle au terrorisme. Nos dirigeants parlent même de menaces et d’intimidation lorsque des familles descendent dans la rue pour cogner des casseroles ou lorsque des personnalités publiques arborent le carré rouge. Quoi qu’il en soit, ces gens-là ne représentent pas une force active de la société. Leur résistance est molle, tout comme le sont leurs valeurs et leurs idées. Quant à la génération Y, elle n’éprouve pas le ressentiment qu’ont pu manifester la génération précédente contre les baby-boomers. Les Y ne se battent pas contre les boomers. Ils se battent pour un monde meilleur, pour leurs principes, pour leurs idéaux. Ils se battent parce qu’ils estiment avoir le droit de vivre dans un monde qui leur ressemble. Ils n’ont de leçons à recevoir de personne. Ils vont de l’avant, sans hargne et sans crainte. Et peu importe ceux qui se dresseront sur leur passage, ils continueront d’avancer.

La hausse des frais de scolarité s’inscrit dans une tendance globale d’austérité. Le Québec est le cinquième pays le plus endetté dans le monde industrialisé. Les étudiants ne doivent donc pas faire leur part aussi ?

Effectivement, la dette du Québec représente maintenant 54,6 % de son PIB, ce qui en fait la province la plus endettée du Canada et serait la cinquième nation la plus endettée du monde industrialisé. Pourtant, Jean Charest tient absolument à réduire le taux d’imposition des sociétés, qui est aujourd’hui le plus bas des pays du G7. Au Québec, à l’heure actuelle, les entreprises contribuent à seulement 21% des revenus de l’État alors que les contribuables assument 79% de la facture. Le Québec est endetté, certes. Alors pourquoi notre gouvernement s’obstine-t-il à financer les grandes entreprises et la mafia ? Pourquoi vend-t-il à rabais nos ressources naturelles ? C’est un gouvernement incompétent et corrompu, incapable de gérer les finances publiques, qui demande aujourd’hui aux étudiants de payer leur « juste part ». Et il insiste pour qu’on le prenne au sérieux.

Terrain glissant

Terrain glissant

Le secteur touristique et les entreprises s’inquiètent des poursuites de la contestation. Selon un sondage, depuis le début de la contestation, les petites entreprises touchées par le mouvement social auraient perdu en moyenne 12 565 dollars chacune.  Les hôteliers craignent aussi une baisse de leurs revenus. Cela ne vous gêne pas ?

La faute revient au gouvernement et à sa gestion pitoyable du conflit. Il aurait été si simple de négocier avec les étudiants pour en arriver à une entente satisfaisante pour les deux parties. Mais Jean Charest a préféré agir en chef de parti plutôt qu’en chef d’État. Il a maintenu la ligne dure, humilié les étudiants, craché sur leurs revendications. On peut changer de gouvernement, mais on ne peut pas empêcher un peuple d’exprimer sa colère.

Selon certains analystes, si vous n’obtenez des résultats avant les vacances d’été, le mouvement ne se poursuivra pas. Pensez-vous y arriver?

Depuis des mois, des analystes prédisent l’essoufflement du mouvement. Depuis des mois, ces analystes se trompent. Notre mobilisation est sans précédent. Rien ne saurait nous arrêter. Le 31 mai, le gouvernement a rompu les négociations. Pourtant, chaque soir, les casseroles continuent de résonner dans toutes les villes de la province. Le 22 juin, une manifestation monstre est prévue dans la capitale.

Il paraît que la loi spéciale a donné un coup de pouce à la contestation, mobilisant même une partie de la société qui autrefois était favorable à la hausse des frais de scolarité. Pourtant, ces derniers jours, le nombre de manifestants s’est beaucoup réduit. Est-ce que le mouvement accuse un coup de fatigue ? Est-ce qu’il est en train de s’essouffler ?

Nous nous reparlerons de tout cela le 22 juin !

Le premier ministre Jean Charest vu par les rebelles et les bananes

Le premier ministre Jean Charest vu par les rebelles et les bananes

Après le printemps arabe et le mouvement des indignés… vient le printemps érable. Les étudiants québécois peuvent apparaitre comme privilégiés par rapport aux jeunes maghrébins ou aux chômeurs espagnols… Percevez-vous des points communs parmi ces combats ?

Il est assez difficile, voire dangereux, de faire de telles comparaisons. Certains commentateurs se montrent plutôt critiques face à l’expression Printemps érable. La réalité des étudiants québécois est bien différente de celles des chômeurs espagnols ou des jeunes maghrébins. Pourtant, sur le plan des principes, nos luttes participent d’un même mouvement, et vont dans la même direction. Tous, nous souhaitons tous vivre dans une société plus juste, plus solidaire et plus égalitaire. D’ailleurs, le Québec s’est toujours davantage identifié aux mouvements issus des pays dits en voie de développement qu’au paternalisme suffisant de la plupart des pays occidentaux. Il ne faut pas oublier que le mouvement souverainiste, à une certaine époque, s’est amplement nourri des théories de la décolonisation. Que les « Nègres blancs d’Amérique »s’inventent aujourd’hui un « Printemps érable » à leur image, cela me semble à la fois juste et cohérent.

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